Bien que seulement 1 % de la population congolaise soit exclusivement animistes, les croyances religieuses traditionnelles, basées sur la conviction que le lien avec le dieu créateur est fait par l'intermédiaire des esprits ancestraux, touchent une large part de la population et laissent des traces sur la manière de vivre le christianisme. En général chez les entrepreneurs à Kinshasa, le recours au religieux s’inscrit dans la même logique que le recours à la magie, car l’un et l’autre sont fondés sur la croyance que des forces invisibles peuvent intervenir dans leur vie et leurs affaires. L’influence de ces forces invisibles serait à la base de la fortune et de l’infortune des gens. Ainsi, l’avenir de l’entreprise et de l’entrepreneur est non seulement soumis à l’influence de l’environnement social mais aussi à celle du surréel.[1]
L’interprétation de la fortune et de l’infortune
La réussite de certaines personnes développant des aptitudes exceptionnelles, tout comme l’échec des autres, sont attribués à l’action des forces invisibles. Dans ce sens, le succès dans les milieux d’affaires est rarement attribué uniquement aux qualités et compétences managériales de l’entrepreneur. On se trouve ainsi dans un univers interprétatif où ce ne sont pas les compétences qui font réussir, mais la capacité à manipuler les forces invisibles, voire la chance. Un environnement où la concurrence est fondée sur la crainte qu’on inspire à autrui : plus le puissant est puissant, plus il est vu comme ayant un pacte avec les forces invisibles.
| Les ancêtres défunts et les vodouns (culte animiste empruntant des éléments au rituel chrétien ) sont sollicités et priés pour aider au succès et à l’épanouissement du vivant, en lui communiquant l’énergie vitale, la vertu et les moyens nécessaires à la réalisation heureuse de tel ou tel projet, faveur, situation. |
Au sein de l’environnement économique de Kinshasa, la concurrence est perçue comme un moteur du progrès comme elle peut devenir, sous l’effet de la sorcellerie, un élément redoutable de destruction. Dans ces conditions, seuls les aînés et les oncles notamment, détiennent l’ensemble des aptitudes nécessaire et les traits dominants qui définissent l’entrepreneur (goût du risque, innovation, talent d’organisateur, logique d’accumulation, etc.) et qui peuvent apparaitre comme contraires aux valeurs sociales lorsqu’ils ne sont pas incarnés dans une figure socialement dominante. Ainsi, le risque d’entreprendre devient énorme : il touche à la vie de l’entrepreneur, et non à sa fortune.
Dans la résurgence de la sorcellerie, le syncrétisme s’avère d’un secours essentiel pour un candidat au sein des milieux entrepreneuriaux. Il n’entre souvent en dissidence vis-à-vis du pouvoir magico-religieux et du contrôle social détenus par les aînés, que parce qu’il a reçu l’assurance ou la possibilité d’échapper aux effets nuisibles de la sorcellerie en s’appuyant sur les religions du livre. Ainsi, le respect des préceptes bibliques notamment est-il devenu une parade efficace contre les effets inhibiteurs et destructeurs de la sorcellerie ; ceci permet au cadet qui s’immerge dans le monde des affaires à tenter de gérer de manière dynamique, et dans le registre des croyances religieuses, les risques inhérents à la sorcellerie. [2]
La persistance de la croyance en l’influence des forces invisibles sur les affaires dans un contexte de modernité est loin d’être une réalité propre à l’Afrique. Au contraire, on assiste à une explosion à l’international des croyances dans les forces invisibles qui sont mobilisées pour aider à accroitre les richesses. On observe également une recrudescence d’activité magico-religieuses dans le monde des affaires en Asie, où on fait appel à la divination par courrier électronique pour prévoir la réussite ou la faillite d’une entreprise, ou encore la perte de son emploi. Ces pratiques s’inscrivent dans la même logique que celle de la foi dans la spéculation et dans les probabilités animant les marchés financiers.
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